Archives par mot-clé : attentats

Barbarie contre barbarie…

Parmi tous les sons de cloche à la fois tonitruants et parfois dissonants que provoque chaque attentat des djihadistes, il est en tout cas une note suraiguë qui se fait toujours entendre, c’est le mot « barbarie ». Un son de cloche beaucoup plus rare, par contre, celui qu’apporte un lecteur du journal L’Avenir ce matin même :

« Quel est l’intérêt des responsables de nos pays de préciser dans des discours à la TV, dans les journaux et autres, qu’ils envoient un nombre bien précis d’avions dans certaines régions pour bombarder des clans de l’Etat Islamiste ? Ce fut encore le cas ici avec la France, et puis on s’étonne de vivre ce drame de Nice. Nous constatons que cette  façon de voir chacun vanter sa force militaire nous coûte très cher en vies humaines d’innocents. Nous vivons une troisième guerre mondiale… ». (*)

Bizarrement, les plus ignorants sont les chefs d’Etat qui escamotent, à chaque coup, cette réalité basique. Laquelle ne date pas d’aujourd’hui : s’il faut donner une date pas trop reculée dans le temps (c’est tout de même une vieille histoire !), c’est celle que nous rappelions dans notre dernier message du 1er juillet : les accords franco-britanniques signés le 16 mai 1916 pour un partage du Proche-Orient en vue de l’ère post-coloniale.

Mais il est tellement plus simple pour nos  dirigeants de profiter de ces odieux attentats pour jouer aux matamores, aux sauveurs de la patrie, aux héros par procuration, discoureurs infatigables et vaillants défenseurs des valeurs sacrées de la République et autres nations hautement civilisées ! Tout en honorant scrupuleusement les commandes d’armes de nos riches et vertueux clients, notoirement férus de nos valeurs démocratiques.

Mais pourquoi agiraient-ils autrement, ceux que nous avons élus, si tant de citoyens semblent si éloignés et ignorants de leur histoire passée et présente (et là, ce n’est pas de la frime) ? Si le temps du loisir bienvenu, de la détente, de la réflexion est tout entier absorbé par ce défilé ininterrompu de carnavals, festivals, évasions, défonces et autres devoirs de distraction à tout prix ! « Le pain et les jeux du cirque »… encore une vieille histoire.

Depuis longtemps des alternatives existent pourtant au travail-servage, aux loisirs obligatoires et à la démocratie des lobbies. On en parle beaucoup. Beaucoup plus qu’on en vit. Pourtant c’est d’en vivre que le monde pourrait changer. Une « petite foire » de l’agro-écologie au lieu de la « grande foire » de l’agro-productivisme le prochain weekend, oui, un exemple parmi beaucoup d’autres… Mais à connecter, agencer, tresser comme les mailles d’un filet protecteur, salvateur. Qui pourtant ne nous exemptera pas du combat contre l’adversaire, car adversaire il y a. Il est chez nous, il est partout, et ce n’est pas celui dont on parle le plus.

« C’est la négation même de la paix qu’une économie guidée avant tout par le profit,  entraînant le monde dans des guerres  et des conflits permanents. »

                                (Charte de la Coalition luxembourgeoise pour la Paix).


(*) Dans une analyse exploratoire du Réseau Multidisciplinaire d’Études Stratégiques (RMES) sur le remplacement de nos avions de combat, on peut lire : « Ainsi, les F-16 ont été engagés au Kosovo, en Afghanistan, en Libye et en Irak, sans qu’aucune perte matérielle ou humaine n’ait été à déplorer ». Ils ont évidemment oublié d’ajouter « dans les rangs des militaires occidentaux »… Ou alors, Messieurs les grands stratèges, si vous ne dénombrez ni perte humaine et matérielle dans ces régions ennemies (peuplées, là aussi, d’innocentes victimes),quelles folles et stupides dépenses !

Que faire face à tant de barbarie ?

Déclaration de la Colupa

au lendemain des attentats de Paris (13.11.2015)

Disons d’emblée qu’il n’y a aucune équivoque possible lorsque nous dénonçons nos responsabilités actuelles dans les faits de guerre : nous condamnons la violence d’où qu’elle vienne. Parce que nous savons que la solution guerrière à un conflit n’est jamais une « solution », mais la cause de nouveaux conflits à perte de vue.

C’est ce que l’Histoire nous démontre depuis des millénaires, et singulièrement depuis les guerres mondiales du XXe siècle, déclenchées par des pays européens hautement civilisés et qui ont abouti au comble de l’horreur et de la barbarie que l’on sait. Elles se prolongent aujourd’hui à travers une « stratégie du chaos » aux dimensions mondiales. Laquelle ne profite finalement à personne, si ce n’est au trust militaro-industriel et aux intérêts mercantiles des multinationales qui, elles, ne connaissent ni frontières, ni alliés, ni ennemis, ni bons, ni méchants, obéissant uniquement à la dictature de l’argent et à cette économie du profit-à-tout-prix qui, de plus en plus, nous tient lieu de gouvernance.

Une tragédie démentielle voit ainsi s’allonger partout la liste des victimes innocentes des guerres modernes qui, incluant la guerre économique, font bien plus de victimes parmi les populations civiles qu’au sein des armées. Obstacle majeur au sauvetage d’une planète déjà tellement malmenée par un modèle de développement aberrant, et qui vient de réunir à Paris les « puissants de ce monde » en quête de solutions à des problèmes dont ils sont souvent les premiers responsables.

Encore faut-il savoir que pour alimenter l’esprit guerrier, il faut des « idéaux » capables de mobiliser des multitudes de citoyens qui n’en demandaient pas tant, mais que manipulent des idéologies, des religions, des vertus patriotiques et autres « bonnes causes » prônant la guerre juste et la folie de la destruction. Jusqu’au réveil tragique qui fait dire alors aux survivants « Plus jamais ça !», une incantation répétée en pure perte par des générations successives.

Voilà pourquoi il est prioritaire :

  • de mieux nous informer nous-mêmes
  • de mieux informer nos concitoyens,
  • d’agir en conséquence.

En tant que coalition provinciale, reliée à d’autres mouvements de paix au niveau national et international, nous faisons nôtre la déclaration du 17 novembre 2015 publiée par le M.A.N. (Mouvement pour une Alternative non-violente) qui a son siège à Paris. Nous appuyant sur les grandes lignes de ce document, nous nous inclinons devant les victimes de toutes les formes de violence, qu’elles soient désignées sous le terme d’attentats ou de guerres.

Nous avons une pensée toute spéciale pour les innombrables vies assassinées depuis plusieurs années en Syrie, Irak, Afghanistan, Pakistan, Nigéria, Cameroun, et tant d’autres pays à travers le monde, enfants, femmes et hommes, victimes de la folie meurtrière des hommes. Nous pensons aussi à l’immense foule de celles et ceux qui fuient leur pays et que l’Europe a tant de mal à accueillir.

Dans un monde devenu complexe, les choix faits depuis plusieurs dizaines d’années par nos dirigeants politiques successifs doivent nous amener à nous interroger sérieusement :

  • Faut-il continuer à privilégier une économie qui profite d’abord aux plus riches, chez nous et ailleurs sur la planète, aux dépens de l’avenir du quotidien des plus pauvres, ici et là-bas ?
  • Faut-il poursuivre une politique de défense qui s’appuie entre autres sur des armes nucléaires coûteuses et inefficaces, bien camouflées en Belgique dans les silos de la base aérienne de Kleine-Brogel ?
  • Faut-il continuer à fermer les yeux sur les ventes d’armes à des pays peu soucieux des droits de leurs peuples, aux dépens d’une politique contribuant à l’amélioration de la vie de tous les citoyens dans les domaines de la santé et de l’éducation ?
  • Faut-il continuer à considérer la plupart des pays d’Afrique et d’Asie comme des terres peuplées d’hommes et de femmes moins dignes que nous de vivre décemment, comme des terres dont nous nous autorisons à exploiter le sous-sol au mépris à la fois de la vie et du développement de ces peuples, et de l’avenir écologique de notre planète ?
  • Faut-il poursuivre une politique qui donne la priorité au « tout sécuritaire » aux dépens de l’élaboration d’une politique favorisant la construction du « vivre ensemble » ?

Face à ce qui s’est passé à Paris – et dans bien d’autres villes à travers le monde – il est grand temps d’examiner ces questions et d’y apporter des réponses appropriées et réfléchies. A moins de considérer la guerre comme une fatalité, et donc les êtres humains comme des citoyens incapables et irresponsables, il nous faudra bien trouver les moyens de convaincre nos dirigeants, nationaux et européens, de la nécessité d’entendre les voix de celles et ceux qui, dans la société civile, ici et à travers le monde, proposent et mettent déjà en œuvre des solutions permettant la construction d’un monde plus respectueux de l’humain et de notre environnement.

Vers une guerre totale ?

Une fois de plus, ce sont des civils innocents, selon l’expression consacrée, qui paient le prix fort, Ailleurs c’est déjà une guerre totale où hommes, femmes et enfants disparaissent sous des tapis de bombes.

Dès janvier 2014, à l’entame des commémorations du centenaire de la Guerre 14-18, nous avons initié une campagne d’information, soutenue par la Province de Luxembourg, intitulée « Pour un bon usage des commémorations ». Objectif : cerner avec le plus de rigueur possible les causes et les conséquences de cette première guerre mondiale. Suivie bien vite d’une seconde. Qui,  après 1945, semblable à une bombe à fragmentation, s’est dispersée sur tous les continents en une série imparable de tragiques épisodes. Jusqu’à nos jours.

La cause ?… Selon le pape argentin, un homme peu suspect de gauchisme ou d’islamisme militant : « Une mondialisation des injustices et des trafics, notamment trafics d’armes et trafics humains, où certains, par intérêt, tirent profit de cette violence ». Lui aussi et bien d’autres n’hésitent plus à parler aujourd’hui d’une « troisième guerre mondiale par morceaux ».

Mais la plupart des commémorations guerrières continuent de privilégier le nationalisme et le patriotisme le plus cocardier pour évoquer les « actes barbares de l’adversaire » (une terminologie toujours d’actualité). Les Plus jamais ça, hérités de la « grande guerre » (la fameuse der des der), ne sont plus que verbiage et simagrées !

Lisez votre quotidien de ce matin, écoutez la radio, regardez la télé et contemplez le grand show de la violence-spectacle.« Attention : images dures à supporter » (pour mieux pour nous appâter). Ou encore « 21 pages pour mieux cerner ». Cerner quoi? Voyons les titres : l’horreur, une journée en enfer, le post-traumatisme, la chasse à l’homme,etc. Nous voilà bien avancés! Et cela va durer encore des jours et des jours, le sensationnel, l’émotionnel, aux dépens d’une solide information. Pour le plus grand profit des éditeurs, des annonceurs et… des terroristes, de plus en plus fiers de leurs exploits!

« Terroriste »… Qui se souvient que ce mot est né en France à la fin du XVIIIe siècle? Pendant le régime de la Terreur au cours duquel 17 000 personnes furent décapitées. Un spectacle très suivi, lui aussi. Sur la place publique, le grand écran 3D de l’époque… Un petit brin d’histoire rappelé à la sauvette, car qui a encore le temps de lire et de s’instruire face à la société du spectacle? Alors ne soyons pas trop long, au risque  de décourager le lecteur…

Mais ne soyons pas non plus médisants. Vous voulez, au contraire, en savoir plus? Par exemple: quelle est exactement notre position à nous, les donneurs de leçon?… Excellente question, en effet. Réponse dans le document ci-joint, adopté à la suite des attentats de novembre à Paris. Qui vaut tout autant pour les attentats d’hier à Bruxelles. Et pour ceux de demain, hélas… si ce climat trop répandu d’indignation vaine et aveugle finit par donner les pleins pouvoirs aux grands stratèges de la violence guerrière. Dans tous les camps.

Espérons plutôt un grand sursaut citoyen, après un deuil légitime en hommage aux victimes qui, cette fois, nous sont proches. Ce ne sont pas les forces vives qui manquent en Belgique ni en Europe : élites intellectuelles et acteurs de terrain, universités réputées et ong solidaires, institutions religieuses et mouvements laïques, responsables politiques et organisations syndicales, académies scientifiques et promoteurs d’alternatives citoyennes, etc. Un tel réseau riche d’expériences et de potentialités serait incapable de stopper la course à l’abîme?