Vers une guerre totale ?

Une fois de plus, ce sont des civils innocents, selon l’expression consacrée, qui paient le prix fort, Ailleurs c’est déjà une guerre totale où hommes, femmes et enfants disparaissent sous des tapis de bombes.

Dès janvier 2014, à l’entame des commémorations du centenaire de la Guerre 14-18, nous avons initié une campagne d’information, soutenue par la Province de Luxembourg, intitulée « Pour un bon usage des commémorations ». Objectif : cerner avec le plus de rigueur possible les causes et les conséquences de cette première guerre mondiale. Suivie bien vite d’une seconde. Qui,  après 1945, semblable à une bombe à fragmentation, s’est dispersée sur tous les continents en une série imparable de tragiques épisodes. Jusqu’à nos jours.

La cause ?… Selon le pape argentin, un homme peu suspect de gauchisme ou d’islamisme militant : « Une mondialisation des injustices et des trafics, notamment trafics d’armes et trafics humains, où certains, par intérêt, tirent profit de cette violence ». Lui aussi et bien d’autres n’hésitent plus à parler aujourd’hui d’une « troisième guerre mondiale par morceaux ».

Mais la plupart des commémorations guerrières continuent de privilégier le nationalisme et le patriotisme le plus cocardier pour évoquer les « actes barbares de l’adversaire » (une terminologie toujours d’actualité). Les Plus jamais ça, hérités de la « grande guerre » (la fameuse der des der), ne sont plus que verbiage et simagrées !

Lisez votre quotidien de ce matin, écoutez la radio, regardez la télé et contemplez le grand show de la violence-spectacle.« Attention : images dures à supporter » (pour mieux pour nous appâter). Ou encore « 21 pages pour mieux cerner ». Cerner quoi? Voyons les titres : l’horreur, une journée en enfer, le post-traumatisme, la chasse à l’homme,etc. Nous voilà bien avancés! Et cela va durer encore des jours et des jours, le sensationnel, l’émotionnel, aux dépens d’une solide information. Pour le plus grand profit des éditeurs, des annonceurs et… des terroristes, de plus en plus fiers de leurs exploits!

« Terroriste »… Qui se souvient que ce mot est né en France à la fin du XVIIIe siècle? Pendant le régime de la Terreur au cours duquel 17 000 personnes furent décapitées. Un spectacle très suivi, lui aussi. Sur la place publique, le grand écran 3D de l’époque… Un petit brin d’histoire rappelé à la sauvette, car qui a encore le temps de lire et de s’instruire face à la société du spectacle? Alors ne soyons pas trop long, au risque  de décourager le lecteur…

Mais ne soyons pas non plus médisants. Vous voulez, au contraire, en savoir plus? Par exemple: quelle est exactement notre position à nous, les donneurs de leçon?… Excellente question, en effet. Réponse dans le document ci-joint, adopté à la suite des attentats de novembre à Paris. Qui vaut tout autant pour les attentats d’hier à Bruxelles. Et pour ceux de demain, hélas… si ce climat trop répandu d’indignation vaine et aveugle finit par donner les pleins pouvoirs aux grands stratèges de la violence guerrière. Dans tous les camps.

Espérons plutôt un grand sursaut citoyen, après un deuil légitime en hommage aux victimes qui, cette fois, nous sont proches. Ce ne sont pas les forces vives qui manquent en Belgique ni en Europe : élites intellectuelles et acteurs de terrain, universités réputées et ong solidaires, institutions religieuses et mouvements laïques, responsables politiques et organisations syndicales, académies scientifiques et promoteurs d’alternatives citoyennes, etc. Un tel réseau riche d’expériences et de potentialités serait incapable de stopper la course à l’abîme?

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