Que faire face à tant de barbarie ?

Déclaration de la Colupa

au lendemain des attentats de Paris (13.11.2015)

Disons d’emblée qu’il n’y a aucune équivoque possible lorsque nous dénonçons nos responsabilités actuelles dans les faits de guerre : nous condamnons la violence d’où qu’elle vienne. Parce que nous savons que la solution guerrière à un conflit n’est jamais une « solution », mais la cause de nouveaux conflits à perte de vue.

C’est ce que l’Histoire nous démontre depuis des millénaires, et singulièrement depuis les guerres mondiales du XXe siècle, déclenchées par des pays européens hautement civilisés et qui ont abouti au comble de l’horreur et de la barbarie que l’on sait. Elles se prolongent aujourd’hui à travers une « stratégie du chaos » aux dimensions mondiales. Laquelle ne profite finalement à personne, si ce n’est au trust militaro-industriel et aux intérêts mercantiles des multinationales qui, elles, ne connaissent ni frontières, ni alliés, ni ennemis, ni bons, ni méchants, obéissant uniquement à la dictature de l’argent et à cette économie du profit-à-tout-prix qui, de plus en plus, nous tient lieu de gouvernance.

Une tragédie démentielle voit ainsi s’allonger partout la liste des victimes innocentes des guerres modernes qui, incluant la guerre économique, font bien plus de victimes parmi les populations civiles qu’au sein des armées. Obstacle majeur au sauvetage d’une planète déjà tellement malmenée par un modèle de développement aberrant, et qui vient de réunir à Paris les « puissants de ce monde » en quête de solutions à des problèmes dont ils sont souvent les premiers responsables.

Encore faut-il savoir que pour alimenter l’esprit guerrier, il faut des « idéaux » capables de mobiliser des multitudes de citoyens qui n’en demandaient pas tant, mais que manipulent des idéologies, des religions, des vertus patriotiques et autres « bonnes causes » prônant la guerre juste et la folie de la destruction. Jusqu’au réveil tragique qui fait dire alors aux survivants « Plus jamais ça !», une incantation répétée en pure perte par des générations successives.

Voilà pourquoi il est prioritaire :

  • de mieux nous informer nous-mêmes
  • de mieux informer nos concitoyens,
  • d’agir en conséquence.

En tant que coalition provinciale, reliée à d’autres mouvements de paix au niveau national et international, nous faisons nôtre la déclaration du 17 novembre 2015 publiée par le M.A.N. (Mouvement pour une Alternative non-violente) qui a son siège à Paris. Nous appuyant sur les grandes lignes de ce document, nous nous inclinons devant les victimes de toutes les formes de violence, qu’elles soient désignées sous le terme d’attentats ou de guerres.

Nous avons une pensée toute spéciale pour les innombrables vies assassinées depuis plusieurs années en Syrie, Irak, Afghanistan, Pakistan, Nigéria, Cameroun, et tant d’autres pays à travers le monde, enfants, femmes et hommes, victimes de la folie meurtrière des hommes. Nous pensons aussi à l’immense foule de celles et ceux qui fuient leur pays et que l’Europe a tant de mal à accueillir.

Dans un monde devenu complexe, les choix faits depuis plusieurs dizaines d’années par nos dirigeants politiques successifs doivent nous amener à nous interroger sérieusement :

  • Faut-il continuer à privilégier une économie qui profite d’abord aux plus riches, chez nous et ailleurs sur la planète, aux dépens de l’avenir du quotidien des plus pauvres, ici et là-bas ?
  • Faut-il poursuivre une politique de défense qui s’appuie entre autres sur des armes nucléaires coûteuses et inefficaces, bien camouflées en Belgique dans les silos de la base aérienne de Kleine-Brogel ?
  • Faut-il continuer à fermer les yeux sur les ventes d’armes à des pays peu soucieux des droits de leurs peuples, aux dépens d’une politique contribuant à l’amélioration de la vie de tous les citoyens dans les domaines de la santé et de l’éducation ?
  • Faut-il continuer à considérer la plupart des pays d’Afrique et d’Asie comme des terres peuplées d’hommes et de femmes moins dignes que nous de vivre décemment, comme des terres dont nous nous autorisons à exploiter le sous-sol au mépris à la fois de la vie et du développement de ces peuples, et de l’avenir écologique de notre planète ?
  • Faut-il poursuivre une politique qui donne la priorité au « tout sécuritaire » aux dépens de l’élaboration d’une politique favorisant la construction du « vivre ensemble » ?

Face à ce qui s’est passé à Paris – et dans bien d’autres villes à travers le monde – il est grand temps d’examiner ces questions et d’y apporter des réponses appropriées et réfléchies. A moins de considérer la guerre comme une fatalité, et donc les êtres humains comme des citoyens incapables et irresponsables, il nous faudra bien trouver les moyens de convaincre nos dirigeants, nationaux et européens, de la nécessité d’entendre les voix de celles et ceux qui, dans la société civile, ici et à travers le monde, proposent et mettent déjà en œuvre des solutions permettant la construction d’un monde plus respectueux de l’humain et de notre environnement.

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