Archives mensuelles : mars 2016

Que faire face à tant de barbarie ?

Déclaration de la Colupa

au lendemain des attentats de Paris (13.11.2015)

Disons d’emblée qu’il n’y a aucune équivoque possible lorsque nous dénonçons nos responsabilités actuelles dans les faits de guerre : nous condamnons la violence d’où qu’elle vienne. Parce que nous savons que la solution guerrière à un conflit n’est jamais une « solution », mais la cause de nouveaux conflits à perte de vue.

C’est ce que l’Histoire nous démontre depuis des millénaires, et singulièrement depuis les guerres mondiales du XXe siècle, déclenchées par des pays européens hautement civilisés et qui ont abouti au comble de l’horreur et de la barbarie que l’on sait. Elles se prolongent aujourd’hui à travers une « stratégie du chaos » aux dimensions mondiales. Laquelle ne profite finalement à personne, si ce n’est au trust militaro-industriel et aux intérêts mercantiles des multinationales qui, elles, ne connaissent ni frontières, ni alliés, ni ennemis, ni bons, ni méchants, obéissant uniquement à la dictature de l’argent et à cette économie du profit-à-tout-prix qui, de plus en plus, nous tient lieu de gouvernance.

Une tragédie démentielle voit ainsi s’allonger partout la liste des victimes innocentes des guerres modernes qui, incluant la guerre économique, font bien plus de victimes parmi les populations civiles qu’au sein des armées. Obstacle majeur au sauvetage d’une planète déjà tellement malmenée par un modèle de développement aberrant, et qui vient de réunir à Paris les « puissants de ce monde » en quête de solutions à des problèmes dont ils sont souvent les premiers responsables.

Encore faut-il savoir que pour alimenter l’esprit guerrier, il faut des « idéaux » capables de mobiliser des multitudes de citoyens qui n’en demandaient pas tant, mais que manipulent des idéologies, des religions, des vertus patriotiques et autres « bonnes causes » prônant la guerre juste et la folie de la destruction. Jusqu’au réveil tragique qui fait dire alors aux survivants « Plus jamais ça !», une incantation répétée en pure perte par des générations successives.

Voilà pourquoi il est prioritaire :

  • de mieux nous informer nous-mêmes
  • de mieux informer nos concitoyens,
  • d’agir en conséquence.

En tant que coalition provinciale, reliée à d’autres mouvements de paix au niveau national et international, nous faisons nôtre la déclaration du 17 novembre 2015 publiée par le M.A.N. (Mouvement pour une Alternative non-violente) qui a son siège à Paris. Nous appuyant sur les grandes lignes de ce document, nous nous inclinons devant les victimes de toutes les formes de violence, qu’elles soient désignées sous le terme d’attentats ou de guerres.

Nous avons une pensée toute spéciale pour les innombrables vies assassinées depuis plusieurs années en Syrie, Irak, Afghanistan, Pakistan, Nigéria, Cameroun, et tant d’autres pays à travers le monde, enfants, femmes et hommes, victimes de la folie meurtrière des hommes. Nous pensons aussi à l’immense foule de celles et ceux qui fuient leur pays et que l’Europe a tant de mal à accueillir.

Dans un monde devenu complexe, les choix faits depuis plusieurs dizaines d’années par nos dirigeants politiques successifs doivent nous amener à nous interroger sérieusement :

  • Faut-il continuer à privilégier une économie qui profite d’abord aux plus riches, chez nous et ailleurs sur la planète, aux dépens de l’avenir du quotidien des plus pauvres, ici et là-bas ?
  • Faut-il poursuivre une politique de défense qui s’appuie entre autres sur des armes nucléaires coûteuses et inefficaces, bien camouflées en Belgique dans les silos de la base aérienne de Kleine-Brogel ?
  • Faut-il continuer à fermer les yeux sur les ventes d’armes à des pays peu soucieux des droits de leurs peuples, aux dépens d’une politique contribuant à l’amélioration de la vie de tous les citoyens dans les domaines de la santé et de l’éducation ?
  • Faut-il continuer à considérer la plupart des pays d’Afrique et d’Asie comme des terres peuplées d’hommes et de femmes moins dignes que nous de vivre décemment, comme des terres dont nous nous autorisons à exploiter le sous-sol au mépris à la fois de la vie et du développement de ces peuples, et de l’avenir écologique de notre planète ?
  • Faut-il poursuivre une politique qui donne la priorité au « tout sécuritaire » aux dépens de l’élaboration d’une politique favorisant la construction du « vivre ensemble » ?

Face à ce qui s’est passé à Paris – et dans bien d’autres villes à travers le monde – il est grand temps d’examiner ces questions et d’y apporter des réponses appropriées et réfléchies. A moins de considérer la guerre comme une fatalité, et donc les êtres humains comme des citoyens incapables et irresponsables, il nous faudra bien trouver les moyens de convaincre nos dirigeants, nationaux et européens, de la nécessité d’entendre les voix de celles et ceux qui, dans la société civile, ici et à travers le monde, proposent et mettent déjà en œuvre des solutions permettant la construction d’un monde plus respectueux de l’humain et de notre environnement.

Vers une guerre totale ?

Une fois de plus, ce sont des civils innocents, selon l’expression consacrée, qui paient le prix fort, Ailleurs c’est déjà une guerre totale où hommes, femmes et enfants disparaissent sous des tapis de bombes.

Dès janvier 2014, à l’entame des commémorations du centenaire de la Guerre 14-18, nous avons initié une campagne d’information, soutenue par la Province de Luxembourg, intitulée « Pour un bon usage des commémorations ». Objectif : cerner avec le plus de rigueur possible les causes et les conséquences de cette première guerre mondiale. Suivie bien vite d’une seconde. Qui,  après 1945, semblable à une bombe à fragmentation, s’est dispersée sur tous les continents en une série imparable de tragiques épisodes. Jusqu’à nos jours.

La cause ?… Selon le pape argentin, un homme peu suspect de gauchisme ou d’islamisme militant : « Une mondialisation des injustices et des trafics, notamment trafics d’armes et trafics humains, où certains, par intérêt, tirent profit de cette violence ». Lui aussi et bien d’autres n’hésitent plus à parler aujourd’hui d’une « troisième guerre mondiale par morceaux ».

Mais la plupart des commémorations guerrières continuent de privilégier le nationalisme et le patriotisme le plus cocardier pour évoquer les « actes barbares de l’adversaire » (une terminologie toujours d’actualité). Les Plus jamais ça, hérités de la « grande guerre » (la fameuse der des der), ne sont plus que verbiage et simagrées !

Lisez votre quotidien de ce matin, écoutez la radio, regardez la télé et contemplez le grand show de la violence-spectacle.« Attention : images dures à supporter » (pour mieux pour nous appâter). Ou encore « 21 pages pour mieux cerner ». Cerner quoi? Voyons les titres : l’horreur, une journée en enfer, le post-traumatisme, la chasse à l’homme,etc. Nous voilà bien avancés! Et cela va durer encore des jours et des jours, le sensationnel, l’émotionnel, aux dépens d’une solide information. Pour le plus grand profit des éditeurs, des annonceurs et… des terroristes, de plus en plus fiers de leurs exploits!

« Terroriste »… Qui se souvient que ce mot est né en France à la fin du XVIIIe siècle? Pendant le régime de la Terreur au cours duquel 17 000 personnes furent décapitées. Un spectacle très suivi, lui aussi. Sur la place publique, le grand écran 3D de l’époque… Un petit brin d’histoire rappelé à la sauvette, car qui a encore le temps de lire et de s’instruire face à la société du spectacle? Alors ne soyons pas trop long, au risque  de décourager le lecteur…

Mais ne soyons pas non plus médisants. Vous voulez, au contraire, en savoir plus? Par exemple: quelle est exactement notre position à nous, les donneurs de leçon?… Excellente question, en effet. Réponse dans le document ci-joint, adopté à la suite des attentats de novembre à Paris. Qui vaut tout autant pour les attentats d’hier à Bruxelles. Et pour ceux de demain, hélas… si ce climat trop répandu d’indignation vaine et aveugle finit par donner les pleins pouvoirs aux grands stratèges de la violence guerrière. Dans tous les camps.

Espérons plutôt un grand sursaut citoyen, après un deuil légitime en hommage aux victimes qui, cette fois, nous sont proches. Ce ne sont pas les forces vives qui manquent en Belgique ni en Europe : élites intellectuelles et acteurs de terrain, universités réputées et ong solidaires, institutions religieuses et mouvements laïques, responsables politiques et organisations syndicales, académies scientifiques et promoteurs d’alternatives citoyennes, etc. Un tel réseau riche d’expériences et de potentialités serait incapable de stopper la course à l’abîme?

Après l’Afghanistan, la Libye, l’Irak, nous allons bombarder la Syrie !

Invitations

  • VENDREDI 18 MARS 9 h ARLON : PROGRAMMATION PROCHAINES ACTIVITÉS (locaux du MOC, rue des Déportés 39).
  • LUNDI 21 MARS 20 h VIELSALM : CONFÉRENCE-DÉBAT AVEC CHRISTOPHE WASINSKI. « Plus de bombes… pour plus de paix» (Bibliothèque publique, 9 rue de l’Hôtel de Ville).
  • DIMANCHE 24 AVRIL : MANIFESTATION NATIONALE CONTRE L’ACHAT DE NOUVEAUX AVIONS DE CHASSE.
  • avions

Après l’Afghanistan, la Libye et l’Irak :prochains bombardements de nos F-16 en Syrie.

Une fois de plus,  la Belgique démocratique s’apprête à suivre les injonctions des États-Unis plutôt que la volonté de sa population.  Le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, a déjà déclaré qu’il convenait d’accéder à la demande de nos alliés étasuniens d’étendre notre intervention militaire à la Syrie lorsque nos avions de combat F-16 reprendront début juillet leurs missions de  bombardements menées jusqu’ici en Irak (après l’Afghanistan et la Libye).

Or plusieurs enquêtes révèlent que la grande majorité de nos concitoyens n’approuve pas la politique des va-t-en-guerre qui nous gouvernent. Ce genre d’enquêtes ne pèse pas lourd, il est vrai. Rien à voir avec les 300.000 manifestants défilant dans les rues de Bruxelles dans les années 1980 pour s’opposer à l’installation des missiles nucléaires et éviter une troisième guerre mondiale.

Les choses ont bien changé depuis. L’ultralibéralisme triomphant a utilisé les armes plus insidieuses de la guerre économique pour s’imposer peu à peu à toute la planète. Sans renoncer, pour autant, aux armes tout court, bien au contraire : plus nombreuses, plus sophistiquées que jamais…

La paix trompeuse dont nous avons bénéficié en Europe (aux dépens d’autres continents où nous n’avons cessé d’intervenir militairement), conjuguée aux restrictions imposées par la mondialisation de l’économie, aggravée par l’exploitation de la terreur des répliques djihadistes, semble aujourd’hui avoir anesthésié toute capacité de réagir chez un certain nombre de nos concitoyens et de nos institutions. Que les étatsmajors et les ministres de la guerre décident, c’est leur boulot !

Christophe Wasinski, maître de conférence à l’ULB, spécialiste de la sécurité internationale, nous a apporté de nouvelles informations lundi dernier à Libramont sur les tractations en cours pour le remplacement de nos F-16 par de nouveaux bombardiers plus performants, tels que les F-35 capables de transporter des missiles nucléaires (sans doute ceux qui, échappant à tout contrôle de nos mandataires politiques, sont toujours entreposés dans les silos de Kleine-Brogel).

Vu la situation préoccupante que nous traversons, une seconde rencontre avec Christophe Wasinski aura lieu le lundi 21 mars à 20 h à la Bibliothèque publique de Vielsalm,  9 rue de l’Hôtel de Ville (entrée libre).

Face à la propagande guerrière, relayée si complaisamment par les médias, tout espace de débats et d’information critique nous est plus nécessaire que jamais !

Coalition Luxembourgeoise pour la Paix