Été 1914 : comment l’Europe a marché vers la guerre

Dans le grand tohu-bohu des commémorations de la guerre 14-18, peu d’informations sérieuses sont diffusées sur les causes et les conséquences de cette guerre. 
Dans LES SOMNAMBULES, un solide ouvrage de 668 pages, l’historien Christopher Clark expose avec rigueur et clarté l’enchaînement des causes et des effets jusqu’à nos jours de cette première guerre mondiale. 

Été 1914 : comment l’Europe a marché vers la guerre

 

 

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Ce livre sur les causes de la Grande Guerre est un coup de maître. Les éditeurs qui préparent le centenaire de 1914 auront du mal à relever le défi.

Les somnambules, de l’historien britannique Christopher Clark, se lit avec une grande aisance malgré 668 pages (dont 100 pages de notes bibliographiques).

L’écriture est légère et la traduction transparente. Formé à l’école de Cambridge, l’auteur expose avec rigueur et clarté l’enchaînement de causes minimes qui a conduit au cataclysme de la Première guerre mondiale.

Il prend le contrepied des thèses conventionnelles sur les origines du conflit. Ainsi disculpe-t-il très largement l’Allemagne et l’empereur Guillaume II, fantasque, immature mais sans réelle autorité sur ses ministres.

 

Il souligne aussi que rien ne laissait prévoir l’effondrement de l’Autriche-Hongrie, une confédération  qui  fonctionnait  cahin-caha mais assurait à ses peuples une prospérité appréciable.

Il met en évidence par contre l’écrasante responsabilité des Serbes et du tsar Nicolas II ainsi que l’irresponsabilité des dirigeants français, qui n’ont pas su modérer les Russes, et la légèreté des Britanniques, engagés dans une alliance où ils n’avaient pas leur place.

Au demeurant, il ressort de son analyse qu’aucun de ces dirigeants de la Belle Époque n’a sciemment voulu la guerre… même si la plupart la souhaitaient au fond d’eux-mêmes, dans leur inconscient, pour se défaire de leurs peurs et se dégager de leurs impasses géopolitiques. Tels des somnanbu-les qui marchent sans savoir où ils vont, tous se sont laissés piéger par leurs petites ambitions et c’est de la rencontre malheureuse de celles-ci qu’est née la conflagration.

Celle-ci a, somme toute, tenu à trois coups de revolver. Non pas  celui de Sarajevo, difficilement évitable, mais ceux qui ont mis hors jeu Joseph Caillaux  et assassiné le Premier ministre russe Piotr Stolypine et Jean Jaurès, trois leaders attachés à défendre la paix envers et contre tout.

Le livre de Christopher Clark va faire date. Il nous éclaire sur le passé et nous permet de mieux cerner les méandres actuels des politiques européennes, dont les sinuosités ne sont pas sans rappeler celles d’il y a cent ans.

Et que dire de la diplomatie actuelle ? L’absence de vision, les alliances improbables et de circonstance entre intégristes du Qatar et d’Arabie et Occidentaux, les velléités de puissance des Russes, les foucades et les reculades à propos de la guerre en Syrie… Autant d’attitudes que l’on retrouve dans Les somnambules. Mais gardons-nous de forcer les analogies.

André Larané

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